L’homme, en effet, est créé à l’image de Dieu : cela signifie que l’homme ressemble à Dieu,
non pour sa partie corporelle, puisque Dieu est un être immatériel, mais par son intelligence qui est capable de découvrir l’être des choses et par sa volonté libre qui lui permet de poser des actes responsables dans la mesure où ces actes ont été réfléchis, compris et ou l’homme peut en assumer les conséquences. La dignité de l’homme vient donc tout d’abord de cette ressemblance à Dieu ; cette dignité réside aussi dans le rôle que Dieu a voulu donner à tout homme dans l’achèvement de la création :
« l’homme est la seule créature que Dieu ait voulue pour elle-même. »
L’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, a reçu une mission particulière dans l’achèvement de sa création. Les minéraux, plantes ou animaux sont complètement déterminés par Dieu et servent à manifester la générosité, la splendeur, l’intelligence infinies de Dieu, mais aucune liberté n’est laissée à tous ces êtres. L’homme, par contre, a été créé à la ressemblance de Dieu, au sommet de la création, pour qu’il la domine. « Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité de ‘soumettre’ la terre et de la dominer. Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes intelligentes et libres afin de compléter l’œuvre de la création, en parfaire l’harmonie pour leur bien et celui de leurs prochains. » Cela est lourd de conséquences dans le rôle que doit jouer l’homme dans ce monde. L’intelligence que Dieu lui a donnée doit lui permettre de découvrir et comprendre la création, telle que Dieu l’a voulue. Elle a été créée bonne, mais est meurtrie et abîmée par le péché. Elle est rachetée et sauvée par le Christ, Dieu fait homme. Ces trois points sont essentiels à la bonne compréhension de ce qu’est l’homme en vérité ; c’est une vérité qui doit guider toute action sociale. La volonté de l’homme, sans doute affaiblie par le péché, doit lui permettrede choisir les moyens les plus adéquats de parvenir à sa destinée éternelle selon la situation qu’il occupe sur cette terre. Ainsi, Dieu donne à l’homme le pouvoir, et même le devoir de parfaire la création : « A l’homme, à son humanité, Dieu a confié le monde visible comme don et en même temps comme tâche. C’est-à-dire qu’Il a assigné une mission précise : réaliser la vérité sur lui-même et sur le monde. L’homme doit se laisser guider par la vérité sur lui-même, pour pouvoir modeler selon la vérité le monde visible, s’en servant correctement pour ses fins, sans en abuser. En d’autres termes, la double vérité sur le monde et sur lui-même est le fondement de toute intervention de l’homme sur le créé. ». Ainsi, Dieu délègue à l’homme l’exercice d’une partie de ses pouvoirs. Et c’est pourquoi l’homme doit avoir toujours à cœur de découvrir et respecter la loi naturelle inscrite dans la création et ne jamais oublier qu’il devra rendre compte à Dieu de ce qu’il a fait de ses talents. « La beauté de la création reflète l’infinie beauté du Créateur. Elle doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de l’homme et de sa volonté. ». Si l’on oublie ces vérités sur l’homme et la création, on risque fort de créer des désordres supplémentaires dans la société, parce que l’on aura méconnu les règles de bon fonctionnement de la vie sociale et les fruits n’en seront que moins bons.
Donc, Dieu a confié à l’homme la responsabilité de coopérer à l’achèvement de la création
et de répondre librement à son appel, à sa finalité bienheureuse. Cette intelligence et cette volonté libre confèrent à l’homme des droits et des devoirs et le rendent responsable de ses actes (en assumer les conséquences jusqu’au bout). Cette vision de l’homme vient donner tout son sens aux relations qu’il doit établir avec ses semblables dans la société. L’homme qui reconnaît en Dieu son Créateur, et, avec cela, la vérité sur sa nature même, ne peut user d’autrui comme d’un instrument.
Si l’homme en vient à oublier son Créateur et le sens de la création, « c’est alors que disparaît le concept de personne comme sujet autonome de décision morale qui construit l’ordre social par cette décision. ». Cette dignité de l’homme doit être reconnue dans les sociétés qui ont l’obligation de respecter la vie de l’homme depuis ses débuts jusqu’à sa mort naturelle. Et le rôle que Dieu a confié à l’homme pour son achèvement de la création donne toute sa dignité au travail humain.