dimanche 9 décembre 2012
"On peut objecter que bien des gens qui sont capables de goûter les plaisirs supérieurs (intellectuels esthétiques et éthiques) leur préfèrent à l'occasion, sous l'influence de la tentation, les plaisirs inférieurs (du corps ou des plaisirs de la domination narcissiques). Mais ce choix n'est nullement incompatible avec l'affirmation catégorique de la supériorité intrinsèque des plaisirs supérieurs. Souvent les hommes, par faiblesse de caractère, font élection du bien le plus proche, quoiqu'ils sachent qu'il est le moins précieux; et cela, aussi bien lorsqu'il faut choisir entre deux plaisirs du corps qu'entre un plaisir du corps et un plaisir de l'esprit. Ils recherchent les plaisirs faciles des sens au détriment de leur santé, quoiqu'ils se rendent parfaitement compte que la santé est un bien plus grand. On peut dire encore qu'il ne manque pas de gens qui sont, en débutant dans la vie, animés d'un enthousiasme juvénile pour tout ce qui est noble, et qui tombent, lorsqu'ils prennent de l'âge, dans l'indifférence et l'égoïsme. Mais je ne crois pas que ceux qui subissent cette transformation très commune choisissent volontairement les plaisirs d'espèce inférieure plutôt que les plaisirs supérieurs. Je crois qu'avant de s'adonner exclusivement aux uns, ils étaient déjà devenus incapables de goûter les autres. L'aptitude à éprouver les sentiments nobles est, chez la plupart des hommes, une plante très fragile qui meurt facilement, non seulement sous l'action de forces ennemies, mais aussi par simple manque d'aliments; et, chez la plupart des jeunes gens, elle périt rapidement si les occupations que leur situation leur a imposées et la société dans laquelle elle les a jetés, ne favorisent pas le maintien en activité de cette faculté supérieure. Les hommes perdent leurs aspirations supérieures comme ils perdent leurs goûts intellectuels, parce qu'ils n'ont pas le temps ou l'occasion de les satisfaire; et ils s'adonnent aux plaisirs inférieurs, non parce qu'ils les préfèrent délibérément, mais parce que ces plaisirs sont les seuls qui leur soient accessibles, ou les seuls dont ils soient capables de jouir un peu plus longtemps. On peut se demander si un homme encore capable de goûter également les deux espèces de plaisirs a jamais préféré sciemment et de sang-froid les plaisirs inférieurs; encore que bien des gens, à tout âge, se soient épuisés dans un vain effort pour combiner les uns et les autres."
John Stuart Mill, L'utilitarisme, 1861
L'âme, le mental et le corps
"Le mental européen, en général, n'a jamais été capable de dépasser la formule âme+corps - où habituellement le mental est inclus dans l'âme, et tout sauf le corps est inclus dans le mental. Certains occultistes font une distinctions entre l'esprit, l'âme et le corps. En même temps, il doit y avoir un sentiment vague que l'âme et le mental ne sont pas tout à fait la même chose, puisque l'on entend dire 'cet homme n'a pas d'âme', ou 'c'est une âme', ce qui signifierait qu'il y a quelque chose en lui en plus du mental et du corps. Mais tout cela est très vague. La distinction entre le mental et l'âme n'est pas claire, il n'y a en a aucune entre le mental et le vital, et souvent le vital est pris pour l'âme".
Idéal ascétique, faute de mieux!
"L'homme, l'animal le plus vaillant et le plus endurci à la souffrance, ne refuse pas en soi la souffrance, il la veut, il la recherche même, pourvu qu'on lui en montre le sens, un pourquoi de la souffrance. C'est l'absence de sens et non celle-ci qui était la malédiction jusqu'ici répandue sur l'humanité, — et l'idéal ascétique lui offrait un sens ! Jusqu'ici c'était le seul sens ; n'importe quel sens vaut mieux que pas du tout; à cet égard l'idéal ascétique était le "faute de mieux" par excellence qu'on pouvait trouver. En lui, la souffrance était interprétée ; l'énorme lacune paraissait comblée ; la porte se fermait sur tout nihilisme suicidaire. L'interprétation — c'est indubitable — apportait une souffrance nouvelle, plus profonde, plus intérieure, plus vénéneuse, plus corrosive pour la vie : elle mettait toute souffrance sous la perspective de la faute… Mais en dépit de tout cela — l'homme était par là sauvé, il avait un sens, il cessait désormais d'être une feuille au vent, le jouet du non-sens, de l'"absence de sens", il pouvait désormais vouloir quelque chose, — peu importait d'abord vers quoi, pour quoi et par quoi il voulait : la volonté elle-même était sauvée. On ne peut absolument pas se cacher ce qu'exprime précisément toute cette volonté qui a reçu sa direction de l'idéal ascétique : cette haine de l'humain, plus encore, de l'animalité, plus encore, de la matérialité, cette répulsion devant les sens, devant la raison même, cette peur du bonheur et de la beauté, cette exigence d'échapper à toute apparence, à tout changement, à tout devenir, à la mort, au désir, à l'exigence même — tout cela signifie, osons le comprendre, une volonté de néant, une répugnance à la vie, une révolte contre les conditions les plus fondamentales de la vie, mais c'est et cela reste une volonté !… Et pour répéter en conclusion ce que je disais en commençant : l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que de ne pas vouloir du tout…"
Nietzsche, La Généalogie de la morale (1887), IIIe traité, § 28, trad. É. Blondel, O. Hansen-Love, Th. Leydenhach, P. Pénisson, Flammarion, coll "GF", 1996, pp. 180-181.
La sexualité du côté du religieux
" La structure émotionnelle de l’homme authentiquement religieux obéit pour l’essentiel à la description suivante : sur le plan biologique, il est soumis aux mêmes tensions sexuelles que tous les autres hommes et êtres vivants. Mais l’assimilation des représentations religieuses anti-sexuelles et la peur acquise de la punition lui ont enlevé toute possibilité de tension et de satisfaction sexuelles naturelles. Il souffre donc d’un état de surexcitation physique chronique qu’il est obligé de tenir sans arrêt en échec. Le bonheur sur terre n’est pas seulement hors de son atteinte, il ne lui paraît même pas désirable. Comme il attend la récompense dans l’au-delà, il souffre, dans toutes les affaires terrestres, du sentiment de son inaptitude au bonheur. Comme il est un être vivant biologique qui ne saurait se passer de bonheur, de détente et de satisfaction, il se met en quête d’un bonheur imaginaire capable de lui procurer les tensions religieuses correspondant au prélude du plaisir, autrement dit, les courants et excitations végétatifs du corps […] En réalité, l’homme religieux est absolument incapable de se tirer d’affaire, puisqu’avec la répression de son énergie sexuelle il a perdu l’aptitude au bonheur et l’agressivité naturelle lui permettant de faire face aux difficultés de la vie. Son état d’impuissance totale l’incite à croire d’autant plus aux puissances surnaturelles chargés de le soutenir et de le protéger. Nous comprenons pourquoi il est capable, dans certaines situations, de faire preuve d’une puissance de conviction extraordinaire, d’un courage passif face à la mort. "
Wilhem Reich, "La psychologie de masse du fascisme", 1933.
Parce qu'il en faut bien un...
Trois naufragés se retrouvent sur une île pas si déserte que cela mais pour l'instant aucun signe de vie sinon quelques vestiges du passage d'humains. Ils découvrent un lieu qui fut habité jadis...Sur la plage, ils récupèrent tout ce que la mer a rejeté de leur naufrage et arrivent meubler tant bien que mal leur nouvel intérieur parfaitement spartiate.
Bien que naufragés tout les trois, le passé ne s'efface pas si facilement que cela. Parmi eux, au temps de leur voyage, l'un d'entre eux était le fils du capitaine, et de ce statut, il en a abusé passant que les choses ne pouvaient changer et demain serait pareil à aujourd'hui. Aussi chaque jour, il exigeait des matelots qu'ils pourvoient au moindre de ses désirs en cas de refus le contestataire se voyait infliger une grave punition et privé de nourriture une journée entière. Déjà, que leur pitence n'était particulièrement frugale durant la traversée, cette journée était toujours extrêmement difficile à vivre. Aussi bien que coreligionnaire sur cette ilôt du pacifique, il n'en restait pas moins quelques rancoeurs, d'autant que le jeune filot du capitaine n'avait pas particulièrement pris la mesure de la situation et qu'il continuait se croire investit du statut de son père.
Après quelques nouvelle rebuffades, les deux matelots en eurent assez et puisque roquet, il était! Roquet, il serait!
Et c'est lui qui dorénavant, mangerait quand ses "compagnons" d'infortune le décideraient.
Un 365...une photo par jour pendant 1 an...
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