Puisque telle est
la science que nous cherchons, il nous faut examiner de
quelles causes et de quels
principes s'occupe cette science qui est la philosophie. C'est ce que nous pourrons éclaircir par les diverses manières dont on conçoit généralement
le philosophe. On entend d'abord par ce mot
l'homme qui sait tout, autant que cela est possible,
sans savoir les détails. En. second lieu, on appelle philosophe
celui qui peut connaître les choses difficiles et peu accessibles à la connaissance humaine; or
les connaissances sensibles étant communes à tous et par conséquent faciles, n'ont rien de philosophique. Ensuite on croit que plus un homme est exact et capable d'enseigner les causes, plus il est philosophe en toute science. En outre,
la science qu'on étudie pour elle-même et dans le seul but de savoir, paraît plutôt la philosophie que celle qu'on apprend en vue de ses résultats. Enfin,
de deux sciences, celle qui domine l'autre, est plutôt la philosophie que celle qui lui est subordonnée;
car le philosophe ne doit pas recevoir des lois, mais en donner; et il ne doit pas obéir à un autre, mais c'est au moins sage à lui obéir.
La sagesse est science relative à certains principes et à certaines causes. Le philosophe est celui qui sait tout sans savoir les détails. C'est celui qui connaît les choses difficiles hors du domaine des sens. il est capable d'enseigner les causes. Il étudie pour la science elle-même et dans le seul but de savoir. Le philosophe ne reçoit pas de lois mais en donne.
Telle est la nature et le nombre des idées que nous nous formons de la philosophie et du philosophe. De tous ces caractères de la philosophie, celui qui consiste à savoir toutes choses, appartient surtout à l'homme qui possède le mieux la connaissance du général ; car celui-là sait ce qui en est de tous les sujets particuliers. Et puis les connaissances les plus générales sont peut-être les plus difficiles à acquérir; car elles sont les plus éloignées des sensations. Ensuite, les sciences les plus exactes sont celles qui s'occupent le plus des principes; en effet celles dont l'objet est plus simple sont plus exactes que celles dont l'objet est plus composé; l'arithmétique, par exemple, l'est plus que la géométrie. Ajoutez que. la science qui peut le mieux enseigner, est celle qui étudie les causes; car enseigner, c'est dire les causes de chaque chose.
Tous les hommes, par nature, aspirent à savoir. Preuve en est leur amour des sensations, car ils les aiment pour elles-même indépendamment de leur utilité. Celui qui trouve du plaisir au savoir est l'ami du savoir : le philosophe, dont le savoir est aimé pour lui-même.
(Vous pouvez retrouver le texte original :
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