Qu'était
la nature humaine, et que lui est-il arrivé ? Commence alors l’étrange
récit. Notre nature était autrefois différente : il y avait trois
catégories d'êtres humains, le mâle, la femelle, et l'androgyne. De plus, la
forme humaine était celle d'une sphère avec quatre mains, quatre jambes et deux
visages, une tête unique et quatre oreilles, deux sexes, etc. Les humains se
déplaçaient en avant ou en arrière, et, pour courir, ils faisaient des
révolutions sur leurs huit membres. Le mâle était un enfant du soleil, la
femelle de la terre, et l'androgyne de la lune. Comme leur force et leur orgueil étaient considérables ils
s'en prirent aux dieux. Zeus trouva un moyen de les affaiblir sans les
tuer, ne voulant pas anéantir la race comme il avait pu le faire avec les
Titans : il les coupa en deux !
Plusieurs
motifs du récit méritent ici des éclaircissements. D’abord la forme ovale,
quasi-circulaire des êtres humains peut être interprétée assez banalement comme
le symbole de la totalité parfaite, ne connaissant pas le manque. C’est ce qui
explique aussi la puissance hors-norme qui est prêtée à ces hommes originels.
Concernant ensuite les trois genres et les caractéristiques sexuelles si
particulières de ces êtres, l’erreur serait d’y voir une sorte de nature androgynique
idéale parfaitement une,
au-delà de la division sexuelle. Passons sur leur généalogie respective
(soleil, terre, lune), symboliquement des plus classiques, à quoi l'on
peut ajouter que selon d'autres sources mythologiques ces hommes
auraient été fabriqués avec les cendres des Titans
foudroyés par Zeus. L’androgynie ne concerne que l’un des trois genres,
mais
cela ne signifie pas qu’il soit au-delà de la division mâle/femelle
comme c’est
le cas dans une certaine conception chrétienne, angélique ou
« ailée », c'est-à-dire a-sexuée de l’androgynie (cf. par exemple la
nouvelle fantastique de Balzac Seraphita).
Ces êtres décrits par Aristophane ressemblent bien plutôt à des hermaphrodites
possédant deux natures sexuelles et deux organes distincts (y compris dans le
cas où ils sont similaires). Ces êtres proprement « monstrueux »
étant doubles et non pas uns, il serait inexact de les supposer d’emblée hors-désir.
D’ailleurs on nous les dépeint aussi comme étant dévorés d’ambition, des êtres
qui – là encore classiquement – rêvent de s’en prendre aux dieux afin de ravir
leur pouvoir. D’où la décision de Zeus de les affaiblir et l’idée logique de
les « couper en deux » !


