Pour comprendre comment se situe la doctrine sociale de l’Eglise dans son Magistère, il convient de revenir d’abord à son fondement : la nature de l’homme, sa finalité et celle de la création. Ce sont les questions essentielles qu’il faut résoudre avant de pouvoir parler de son rôle dans la société. C’est ce qu’explique le cardinal Schönborn au début de la retraite qu’il avait prêché au Vatican en février 1996 : « Pour que la pensée et l’agir humains soient correctement orientés, il est nécessaire de reconnaître la nature de l’être créé ». Saint Ignace de Loyola, dans son Principe et fondement, avait donné une sorte de résumé de ce qui permet d’éclairer l’homme en matière sociale, et qu’ont illustré les Papes depuis Léon XIII jusqu’à Jean-Paul II : « L’homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur et, par ce moyen, sauver son âme. Et les autres choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l’homme et pour l’aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a marquée en le créant. D’où il suit qu’il doit en faire usage autant qu’elles le conduisent vers sa fin et qu’il doit s’en dégager autant qu’elles l’en détournent. » Ce texte nous donne en raccourci à la fois le sens et la finalité de la vie de l’homme, son rapport à Dieu son Créateur et la fonction de toutes les choses créées par Dieu dans la réponse que Dieu attend de l’homme. Il est l’expression de la foi catholique et de ses conséquences dans la vie de l’homme. Dieu a créé l’homme gratuitement, pour son bonheur et Il attend l’amour des hommes en retour, cette réponse de l’homme à l’amour de Dieu se manifeste par l’amour des autres hommes et une bonne utilisation de tous les dons de Dieu, matériels, et plus encore immatériels. Il est nécessaire d’avoir une claire vision de ce qu’est l’homme pour pouvoir orienter son action dans la société.
C’est ce que nous enseigne le Catéchisme de l’Eglise catholique : « Toute institution s’inspire, même implicitement, d’une vision de l’homme et de sa destinée, d’où elle tire ses références de jugement, sa hiérarchie des valeurs, sa ligne de conduite. La plupart des sociétés ont référé leurs institutions à une certaine prééminence de l’homme sur les choses. Seule la Religion divinement révélée a clairement reconnu en Dieu, Créateur et Rédempteur, l’origine et la destinée de l’homme. L’Eglise invite les pouvoirs politiques à référer leurs jugements et leurs décisions à cette inspiration de la Vérité sur Dieu et sur l’homme. » Les sociétés qui ignorent cette inspiration, ou la refusent au nom de leur indépendance par rapport à Dieu, sont amenées à chercher en elle-mêmes ou à emprunter à une idéologie leurs références et leur fin, et n’admettant pas « que l’on défende un critère objectif du bien et du mal » se donnent sur l’homme et sur sa destinée un pouvoir totalitaire, « déclaré et sournois, comme le montre l’histoire. » Il est intéressant de constater que le pape Jean-Paul II, tout au long de son encyclique Centesimus annus, ne cesse de rappeler les principes fondateurs de cet enseignement, c’est-à-dire, la vérité sur l’homme. 

