La vérité que la parole philosophique vise explicitement, elle la manque ; et c'est pour autant qu'elle est à côté de ce qu'elle dit, qu'elle parle à côté, qu'elle est vraie. On pourrait dire de son rapport avec la vérité ce qu'écrivait Du Bellay au XIIè sonnet de l'Olive :
L'obscure m'est clair, et la lumière obscure ;
Vôtre je suis et ne puis être mien (...)
Obtenir veux et ne puis requérir
Ainsi me blesse et ne me veux guérir
Ce vieil enfant, aveugle, archer, et nu.
La parole philosophique ne capture pas le désir ; au contraire, c'est le vieil enfant nu qui est son maître, à elle aussi.
Avec la philosophie le désir se réfléchit. La parole se laisse faire et ne se pas faire par ce qu'elle a à dire, de la même manière Socrate accepte le désir d'Alcibiade, mais en le problématisant.La réflexion, la parole aussi concertée soit-elle, n'épargne pas au philosophe la loi du désir, l'aveuglement et la blessure de l'archer, cette enfance par laquelle le monde nous investit. L'opposition de l'absence et de la présence et le mouvement qui naît entre les termes, nous les retrouvons donc au coeur même de la parole ; d'une part, c'est le développement du discours à la poursuite de son plein sens, c'est la pénurie de signification de toute parole et, d'autre part c'est l'enveloppement de la parole dans du sens, son excès de signification, sa ressource. La parole est philosophique non pas parce qu'elle espère répondre par des mots, par un système, net comme un fanatisme, à la question que le désir soulève, mais seulement parce qu'elle connaît que, comme toute parole, elle est saisie, même au moment où elle veut le plus saisir.
En réfléchissant dans la parole philosophique, le désir se reconnaît comme ce trop et ce trop peu de signification, qui est la loi de toute parole.
Aujourd'hui, on peut répondre au :
Pourquoi philosopher? par une autre question encore :
Pourquoi parler? et puisque nous parlons :
Qu'est-ce que parler veut dire et ne peut pas dire?














