Le communautarisme est un terme créé aux États-Unis dans les années 1980 pour désigner une philosophie dite "communautarienne" qui affirme que « l'individu n'existe pas indépendamment de ses appartenances, soient-elles culturelles, ethniques, religieuses ou sociales. »
Selon les adversaires du communautarisme les droits d’un individu risquent de devenir différents en fonction de son appartenance à telle ou telle communauté, fondée sur une religion, une ethnie ou une communauté linguistique.
Mais la confrontation des différences entre ces communautés pose encore de nombreux problèmes (cf. les débats actuels, qui démontrent par leur simple présence que les « complexités » de la vie contemporaine dans une société de plus en plus « communautaire » ou ségrégée ne sont pas réglées), l'un de ces problèmes étant l'échelle que l'on adopte (mondialité, etc.) pour décrire les phénomènes de dissolution et de recomposition identitaires.
Pour ses défenseurs les plus extrêmes, aucune perspective n'existe en dehors de la communauté et il est impossible de se détacher de son histoire et de sa culture. Pour eux, la communauté précède l'individu, l'idéal partagé est plus important que la défense de la liberté individuelle.
L'État - ou l'autorité, pour les communautés plus petites -, ne peut être neutre ou laïc en matière de choix culturels, religieux ou de morale.
Les valeurs de référence sont essentiellement traditionnelles, construites sur un passé mythique ou idéalisé.
Il existe cependant des formes de communautarisme n'adoptant pas des positions aussi caricaturales, souvent empreintes de fanatisme religieux et de traditionalisme. Pour eux, l'individu est simplement engagé dans une histoire dont il ne peut être totalement indépendant.
En France, le terme prend une autre signification : il qualifie les revendications culturelles ou politiques de groupes minoritaires, et il est en général utilisé par les opposants à cette tendance à la sectorisation de la société française. Selon Laurent Lévy, le mot "communautarisme" se définit avant tout en creux, en définissant ce que les critiques du communautarisme condamnent quand ils se servent de ce mot. Ainsi, si le mot communautarisme peut rencontrer des réalités sociales avérées, ce n’est le plus souvent pas dans l’un de ces sens qu’il est employé, mais plutôt dans le sens de ceux qui condamnent le communautarisme. Toujours selon Laurent Lévy, « Le "communautarisme" n’existe pour l’essentiel que comme figure de ce qu’il faut rejeter. ». De même selon Pierre-André Taguieff, « le "communautarisme" est d'abord un mot qui dans le discours politique français depuis une quinzaine d'années fonctionne ordinairement comme un opérateur d'illégitimation » et « le communautarisme est défini par ses critiques comme un projet sociopolitique visant à soumettre les membres d'un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe, à telle communauté, bref à contrôler les opinions, les croyances, les comportements de ceux qui appartiennent en principe à cette communauté ».
Le communautarisme est un terme polémique utilisé en France pour qualifier l'attitude ou, plus généralement, le mode de vie d'une communauté minoritaire devant lesquels les idéaux républicains, égalitaires et laïcs devraient s'effacer au nom d'un droit à la différence revendiqué par ces mêmes minorités. Bien originellement utilisé par les opposants à ces comportements, ce mot est maintenant repris par certaines associations représentant ces minorités.
Pierre-André Taguieff a pu écrire : « Le terme "communautarisme" est utilisé, surtout en langue française (depuis les années 1980), pour désigner avec une intention critique toute forme d'ethnocentrisme ou de sociocentrisme, toute autocentration de groupe, impliquant une autovalorisation et une tendance à la fermeture sur soi, dans un contexte culturel dit "postmoderne" où l'"ouverture", et plus particulièrement l'"ouverture à l'autre", est fortement valorisée... »
La République française est, selon certains, par essence anticommunautariste, ceci est parfois contesté. Les articles suivants résultent de versions successives de la constitution qui ont constamment durci l'attitude du pouvoir vis-à-vis des communautés et par extension vis-à-vis des minorités :
« La France est une République indivisible » (Article premier de la Constitution de la Cinquième République française)La République « assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion » (article 1er de la Constitution de 1958)« La langue de la République est le français » (Article 2 de la Constitution de la Cinquième République française)
Ce dernier article a été rajouté dans le cadre de la révision constitutionnelle de 1992, lors du processus d'adoption du traité de Maastricht.
Ces principes s'opposent donc à la reconnaissance publique de groupes, minorités ou communautés autres que la communauté des citoyens, quelles qu'en soient leur nature (raciale, ethnique, linguistique, religieuse...). L'idéologie sous-jacente à la constitution (l'état-nation : « Une langue, un peuple, une nation, un état ») s'oppose donc à la reconnaissance de minorités nationales voire de peuples minoritaires en France.
Ils ont été à chaque fois réaffirmés et durcis par le Conseil constitutionnel et par le Conseil d'Etat, notamment :
Décision du Conseil constitutionnel du 09/05/1991 :
« Considérant que la France est, ainsi que le proclame l'article 2 de la Constitution de 1958, une République indivisible, laïque, démocratique et sociale qui assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens quelle que soit leur origine ; que dès lors la mention faite par le législateur du "peuple corse, composante du peuple français" est contraire à la Constitution, laquelle ne connaît que le peuple français, composé de tous les citoyens français sans distinction d'origine, de race ou de religion ».
« Le français, par un privilège unique, est seul resté fidèle à l'ordre direct {...} La syntaxe française est incorruptible. C'est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue. Ce qui n'est pas clair n'est pas français ».
Les adversaires de l'anticommunautarisme dénoncent la spécificité de l'anticommunautarisme français, alors que les pays anglo-saxons reconnaissent les communautés et le multiculturalisme et connaissent cependant nettement moins d'émeutes raciales que la France.
Les anticommunautaristes sont accusés , en fonction des attitudes qu'ils adoptent : de jacobinisme et d'ethnocentrisme français, niant les identités régionales et les langues régionales, de favoriser les discriminations en refusant la discrimination positive, d'antisémitisme sous couvert d'antisionisme, d'islamophobie et de xénophobie, d’homophobie et d'hétérosexisme…
En France, la conception de l'Universalisme républicain est censée résoudre ces contradictions en : définissant un socle de valeurs ou caractéristiques communes (laïcité, langue française, etc.), laissant à chacun le libre choix de ses convictions ou de ses particularismes / spécificités culturelles, religieuses, ...
En fait, toutes les politiques se déclarent anticommunautaristes, tant le mot contient des charges péjoratives.
Ceci n'empêche nullement la défense des minorités. Par exemple, François Bayrou qui se dit attaché au modèle républicain français déclare : « La défense du français n'est pas contradictoire avec la défense des langues de France, avec la défense de la diversité culturelle de notre patrimoine que chacune des langues régionales constitue ! Alors que nous nous battons pour la diversité culturelle, devrions-nous pas considérer que parce qu'une langue est minoritaire, elle est moins digne d'intérêt ? Ces langues sont victimes d'un ostracisme. Si nous laissons faire, un jour le français sera lui aussi ostracisé, car c'est une langue minoritaire en Europe et dans le monde.
Les langues régionales sont en danger de mort. Pour certaines, c’est une question d’années. La loi doit imposer, non seulement le respect de ces langues, mais leur défense : le respect ne suffit plus ! Nous avons besoin de fonder une politique positive. L’inscription dans la loi de la défense de ces langues induira une décision politique de première importance : la signature par la France de la Charte des langues régionales ou minoritaires.
Il s’agit de défendre un droit. En tant que citoyens français, nous avons tous le droit de pratiquer les langues qui nous ont faits ce que nous sommes. »
A suivre : Communautarisme et Laïcité...Identité, normes...





