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jeudi 13 septembre 2012

Le relativisme de Protagoras amène amène à réfléchir sur la tolérance

L'idée de Protagoras est que « l'homme est la mesure de toutes choses ». Protagoras considère que chaque individu croit ce qui est vrai pour lui. En ce sens il peut être considéré comme un précurseur philosophique du relativisme culturel, pour qui chaque individu tient pour vrai ce que sa culture tient pour vrai. La pensée relativiste nie en effet la possibilité de partager une moralité, excepté par convention culturelle.
Ce point de vue peut se traduire par : « Chacun crée sa propre morale à partir de la même histoire ». L'individu se comporte donc en accord avec son sentiment, acceptation ou rejet de tout ou partie de cette histoire.



« L'homme est la mesure de toute chose : de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas. »

Protagoras affirme que « l'homme est le critère (kriterion) de tous les objets ». Ainsi, « (...) il ne pose pour chacun que les seuls phénomènes et de cette manière, il introduit le relativisme. » Dans le Théétète de Platon, la doctrine de Protagoras est examinée dans la première tentative de définition de la science : « la science, c'est la sensation ». C'est du point de vue de ce que perçoit l'homme que le bien et le mal, le vrai et le faux prennent leur définition. La vérité, la justice ou la morale sont relatives.

L'énoncé peut aussi signifier que c'est l'homme qui crée les différences en ce qui concerne le langage, le savoir, la sensibilité ou les perceptions. Alors toute affirmation faite par un homme n'aurait de signification absolue que pour cet homme. 

Cet énoncé, examiné et réfuté par Socrate dans le Théétète, est souvent compris comme une forme de relativisme, ou comme une critique de la conception réaliste de la connaissance. La présentation platonicienne en fait une sorte d'individualisme de la connaissance, davantage qu'un relativisme au sens moderne du terme : selon le Protagoras tel que dépeint par Platon, ce qui est senti par un homme est vrai, même si d'autres hommes sentent d'autres choses. Platon s'attache à réfuter cette proposition par une série de paradoxes, et par la distinction de certains domaines où celle-ci est valide (ce qui dépend de l'opinion, ou doxa) et d'autres où elle ne peut l'être (ce qui dépend de la connaissance scientifique ou philosophique).
Dans l'autre fragment, il nous montre son scepticisme religieux :
« Pour ce qui est des dieux, je ne peux savoir ni qu’ils sont ni qu’ils ne sont pas, ni quel est leur aspect. Beaucoup de choses empêchent de le savoir : d’abord l’absence d’indications à ce propos, ensuite la brièveté de la vie humaine.»
Si l'on accepte de croire en un Dieu sans l'avoir vu, il devient absurde de refuser aux autres dieux leur existence. En ce qui concerne les croyances, l'opinion change selon les gens et les sociétés.

La science, c'est la sensation, Théétète

On voit que cette réponse n'était pas, aux yeux de Socrate, une définition et que son examen permettait principalement de préparer la formulation d'une véritable définition.
Théétète propose donc une « nouvelle » définition : « La science c'est la sensation. » 
Platon souhaite examiner et réfuter de manière détaillée deux thèses qui s'opposent directement à sa propre théorie de la connaissance : le relativisme de Protagoras, et le mobilisme d'Héraclite.
Remarquant que Théétète, en proposant une telle définition de la science, se fait disciple de Protagoras, Socrate lui oppose plusieurs arguments : Pourquoi payer Protagoras pour qu'il vous apprenne que ce que vous sentez est la vérité ? Les rêves sont ressentis, sont-ils vrais pour autant ? Si ce que l'on pense est la vérité, ceux qui pensent que Protagoras a tort ont raison ?
La réfutation finale de la définition peut se ramener à la formulation suivante :
La connaissance implique d'accéder à la vérité ;
Accéder à la vérité implique d'accéder à ce qui est ;
Or, la perception ne peut accéder à ce qui est (ce qui est prouvé par la réfutation des thèses de Protagoras et d'Héraclite);
Donc la perception ne peut accéder à la vérité ;
Donc perception et connaissance ne sont pas la même chose.

La première tentative de donner une définition de la science dans le Thééthète, d'autres suivent : le texte ici
Aussi : Wiki



jeudi 26 juillet 2012

L'homme mesure de toute chose,

Protagoras s'était élevé contre la philosophie de Parménide et des Éléates qui admettaient l'existence d'un être absolu et immuable ; d'après cette théorie, toutes nos connaissances n'étaient que le reflet de cet être unique. S'il s'opposait à Parménide, il s'inspirait par contre des idées d'Heraclite qui admettait une pluralité dans le réel. Les opinions de ce dernier devaient constituer la base sur laquelle allait s'ériger tout le système philosophique de l'Abdérite. Le but de notre travail sera de déceler les liens qui unissent les systèmes de ces deux philosophes. Les principaux thèmes dont nous allons nous occuper seront les suivants: 
1) En prenant comme point de départ l'interprétation de la phrase sur « l'homme mesure » donnée par M. Eug. Dupréel, à savoir qu'en dehors de nous il n'existe qu'une matière amorphe que chacun façonne à sa manière, nous tâcherons de démontrer que la dite phrase a ses sources dans la théorie d'Héraclite sur l'écoulement éternel des choses et sur l'impuissance de la sensation à nous donner la connaissance véritable.
2) Nous montrerons ensuite que la théorie des valeurs sociales dont s'occupe Protagoras tire son origine du caractère qualitatif de la physique d'Heraclite.
3) Nous essayerons en outre de prouver que la théorie de l'harmonie et de l'équilibre social chez Protagoras trouve certains parallèles chez Heraclite et les Pythagoriciens.
II En abordant le premier point de notre étude nous commençons par la célèbre phrase de Protagoras : « L'homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont, qu'elles sont, de celles qui ne sont pas qu'elles ne sont pas » Q).
Il y a trois interprétations de cette phrase. La première et la plus ancienne est celle donnée par Platon dans le Théétète 152 a) ; c'est une explication individualiste, car elle ramène la maxime de « l'homme mesure » à la théorie de la perception sensible. La seconde, celle de Gomperz, est une interprétation générique qui voit dans « l'homme » non un individu, mais tout le genre humain (2). La troisième interprétation est donnée par M. Eug. Dupréel (3) :
« La maxime n'est l'expression ni d'un scepticisme nihiliste et amoral, ni d'une vue naturaliste de l'homme et de ses facultés natives ; elle signifie que la connaissance ne nous fait pas toucher une nature ou une essence préalable à l'acte de connaître ; il n'y a pas d'être, point de nature dont la connaissance ne serait qu'un reflet ; il y a l'activité des hommes par quoi quelque chose est découpé et fixé dans l'indétermination antérieure une matière amorphe, au sens le plus vague, que nos organes permettent à chacun de nous de sentir et de déterminer indépendamment de la perception des autres ».
D'abord cette matière amorphe. Nos sources en parlent d'une manière explicite :
Protagoras est d'avis que l'homme est la mesure de toutes choses Notre homme dit donc que la matière est fluente et que s'écoulant constamment, des accroissements viennent remplacer les portions de matière qui sont détachées ».
Le mobilisme universel est une idée commune à Protagoras et à Heraclite.
Frg. 30 : « Ce monde qui est le même pour tous, aucun des dieux ou des hommes ne l'a fait ; mais il a toujours été, il est et sera toujours un feu éternellement vivant, qui s'allume avec mesure et qui s'éteint avec mesure ».
rg. 31 : « Les transformations du feu sont en premier lieu la mer ; et la moitié de la terre est mer, la moitié vent tourbillonnant ».
Frg. 90 : « Toutes choses sont un échange pour du feu et le feu pour toutes choses, de même que les marchandises pour l'or et l'or pour les marchandises ».
Socrate confirme dans le Théétète que ce point de vue était commun à Protagoras et à Heraclite :
« C'est de la translation, du mouvement et du mélange mutuels que se fait le devenir de tout ce que nous affirmons être ; affirmation abusive, car jamais rien n'est, toujours il devient. Disons qu'à cette conclusion, tous les sages à la file, sauf Parménide, sont portés d'un mouvement d'en semble : Protagoras, Heraclite, Empédocle... » (152d).
Protagoras dit que la matière est fluente et s'écoule sans cesse, Heraclite qu'elle est un feu éternellement vivant. En employant ces images différentes, les deux auteurs visaient la
même chose : une matière amorphe et indéterminée, un άπειρον qui ne diffère en rien de celui d'Anaximandre. Le feu d'Heraclite a en effet une nature indéterminée et peut être aisément comparé à Y άπειρον d'Anaximandre. Comment pouvons-nous connaître ce monde extérieur, dont nous venons de décrire la nature?
Heraclite :
Frg. 107 : « Les yeux et les oreilles sont de mauvais témoins pour les hommes, quand ils ont des âmes barbares ».
Frg. 113 : « La pensée est commune aux hommes ».
Frg. 101 : « Je me suis cherché moi-même ».
Protagoras :
« Évidemment ta question vise ainsi le pair, l'impair et autres déterminations qui s'ensuivent et, pour tout cela, tu demandes au moyen de quel organe corporel nous en avons, par l'âme, la perception » (Théét. 185 d.).
Protagoras et Heraclite tombent d'accord que les sens ne nous donnent pas l'image fidèle du monde extérieur et par suite ne peuvent être les critères de la vérité. Heraclite attribue une part importante à l'intelligence, par laquelle s'opère en réalité la connaissance. Selon Heraclite, les sens ne nous révèlent qu'une partie de la vérité, ils présentent le monde comme multiple, tandis que la raison nous le présente comme un. Les âmes barbares sont en effet celles qui regardent les données de nos sens comme vraies. Protagoras n'identifie nulle part la connaissance avec la sensation. Αΐσθησις n'indique pas simplement la sensation, mais l'aperception, le fait de constater ou de saisir l'objet sensible ou non sensible i1). De ce point de vue, la connaissance ne doit pas nécessairement se faire par l'intermédiaire des sens. En résumé on peut dire qu'en ce qui concerne la structure du monde extérieur, Protagoras suit fidèlement l'enseignement des premiers Ioniens et d'Heraclite, et n'y voit pas autre chose qu'une matière amorphe et indéterminée. Quant à la connaissance, elle ne se fait pas uniquement par les sens mais aussi par l'intelligence.

mercredi 18 juillet 2012

L'homme est la mesure de toute chose...

 « L'homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont, qu'elles sont, de celles qui ne sont pas qu'elles ne sont pas » .

Il y a trois interprétations de cette phrase. 
La première et la plus ancienne est celle donnée par Platon dans le Théétète, c'est une explication individualiste, car elle ramène la maxime de « l'homme mesure » à la théorie de la perception sensible. 

La seconde, celle de Gomperz, est une interprétation générique qui voit dans « l'homme » non un individu, mais tout le genre humain. 

La troisième interprétation est donnée par
M. Eug. Dupréel: « La maxime n'est l'expression ni d'un scepticisme nihiliste et amoral, ni d'une vue naturaliste de l'homme et de ses facultés natives ; elle signifie que la connaissance ne nous fait pas toucher une nature ou une essence préalable à l'acte de connaître ; il n'y a pas d'être, point de nature dont la connaissance ne serait qu'un reflet ; il y a l'activité des hommes par quoi quelque chose est découpé et fixé dans l'indétermination antérieure une matière amorphe, au sens le plus vague, que nos organes permettent à chacun de nous de sentir et de déterminer indépendamment de la perception des autres ».
 
D'abord cette matière amorphe. Nos sources en parlent d'une manière explicite :
Protagoras est d'avis que l'homme est la mesure de toutes choses Notre homme dit donc que la matière est fluente et que s'écoulant constamment, des accroissements viennent remplacer les portions de matière qui sont détachées ».
 
Le mobilisme universel est une idée commune à Protagoras et à Heraclite. 
« Ce monde qui est le même pour tous, aucun des dieux ou des hommes ne l'a fait ; mais il a toujours été, il est et sera toujours un feu éternellement vivant, qui s'allume avec mesure et qui s'éteint avec mesure ».

« Les transformations du feu sont en premier lieu la mer ; et la moitié de la terre est mer, la moitié vent tourbillonnant ». 

« Toutes choses sont un échange pour du feu et le feu pour toutes choses, de même que les marchandises pour l'or et l'or pour les marchandises ».

Socrate confirme dans le Théétète que ce point de vue était commun à Protagoras et à Heraclite :
« C'est de la translation, du mouvement et du mélange mutuels que se fait le devenir de tout ce que nous affirmons être ; affirmation abusive, car jamais rien n'est, toujours il devient. 
Protagoras dit que la matière est fluente et s'écoule sans cesse, Heraclite qu'elle est un feu éternellement vivant. En employant ces images différentes, les deux auteurs visaient la
même chose : une matière amorphe et indéterminée.
 
Comment pouvons-nous connaître ce monde extérieur, dont nous venons de décrire la nature?
Heraclite : 
« Les yeux et les oreilles sont de mauvais témoins pour les hommes, quand ils ont des âmes barbares ». 
« La pensée est commune aux hommes ». 
« Je me suis cherché moi-même ».
 
Protagoras :
« Évidemment ta question vise ainsi le pair, l'impair et autres déterminations qui s'ensuivent et, pour tout cela, tu demandes au moyen de quel organe corporel nous en avons, par l'âme, la perception »

Protagoras et Heraclite tombent d'accord que les sens ne nous donnent pas l'image fidèle du monde extérieur et par suite ne peuvent être les critères de la vérité. Heraclite attribue une part importante à l'intelligence, par laquelle s'opère en réalité la connaissance. 

Selon Heraclite, les sens ne nous révèlent qu'une partie de la vérité, ils présentent le monde comme multiple, tandis que la raison nous le présente comme un. Les âmes barbares sont en effet celles qui regardent les données de nos sens comme vraies. Protagoras n'identifie nulle part la connaissance avec la sensation.
De ce point de vue, la connaissance ne doit pas nécessairement se faire par l'intermédiaire des sens. 
En résumé on peut dire qu'en ce qui concerne la structure du monde extérieur, Protagoras suit fidèlement l'enseignement des premiers Ioniens et d'Heraclite, et n'y voit pas autre chose qu'une matière amorphe et indéterminée. Quant à la connaissance, elle ne se fait pas uniquement par les sens mais aussi par l'intelligence.

Ce qu'il faut souligner dans la théorie de Protagoras, c'est le fait que l'homme ne constitue pas le centre du monde, mais qu'il est, comme chez Heraclite et les Pythagoriciens, intégré
dans l'ensemble de la réalité. 

Le mobilisme universel est commun à Protagoras et à Heraclite. Les deux philosophes regardent le monde extérieur comme une matière amorphe. La connaissance de ce monde ne se fait pas uniquement par les sens, mais aussi par l'intelligence.
 
C'est notre esprit, tel qu'il est formé par l'éducation, qui arrive à percevoir et à connaître les qualités des choses.

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