L’activité de l’intelligence, voilà ce qui devrait être le bonheur achevé de l’homme. Si l’intelligence, comparée à l’homme est chose divine, la vie intellectuelle est également divine, comparée à l’existence humaine. Il faut, dans toute la mesure du possible, nous comporter en immortel et tout faire pour vivre de la vie supérieure que possède ce qu’il y a de plus élevé en nous, car bien que modeste, cette faculté l’emporte de beaucoup en puissance et en valeur sur toutes les autres. L’activité de Dieu qui est d’une félicité incomparable, doit être de nature contemplative. Donc, parmi les activités humaines, celle qui lui est le plus apparentée doit aussi être celle qui ressemble le plus au bonheur. Donc, plus loin s’étend la contemplation et plus loin s’étend le bonheur. Le bonheur marche au pas de la contemplation.
Celui qui cultive son intelligence tout en étant parfaitement disposé, semble bien être aussi le plus cher à Dieu. En effet, on peut raisonnablement penser que ce dernier met sa joie dans ce qu’il y a de meilleur et lui est le plus apparenté – c'est-à-dire l’intelligence, et qu’en retour, il comble de bienfaits ceux qui s’attachent surtout à l’intelligence, et l’honorent plus que tout, car ceux-ci, au regard de Dieu, se préoccupent de ce qui lui est cher à lui et agissent ainsi de façon droite et belle. Or cette attitude est en tous points, celle du sage avant tout. Donc, c’est lui le plus cher à Dieu. Or le plus cher à Dieu, selon toute vraisemblance, est aussi le plus heureux. Par conséquent, même à considérer les choses ainsi, on voit que le sage, plus que tout autre, doit être l’homme heureux.


